Les précipitations et le ruissellement de l’eau sur les sols, en particulier les sols cultivés, peuvent les éroder et entraîner leurs constituants vers les cours d’eau. Ces phénomènes naturels, aggravés par certaines pratiques et par les changements climatiques, ont des conséquences multiples : pertes en sol, dégâts aux cultures, risque de coulée boueuse et d’inondation, altération de la qualité des eaux de surface et sédimentation dans les cours d’eau.

Des pertes moyennes en sol de 3 t/(ha.an)

Les pertes en sol par érosion hydrique diffuse[1] ont été estimées par modélisation[2] à 3 t/(ha.an) en moyenne sur 5 ans (période 2021 - 2025) à l’échelle du territoire wallon, tous types de surfaces confondus hors sols artificialisés. Sur la période 1971 - 2025, les pertes annuelles à l'échelle régionale ont varié entre 1 et 4,3 t/(ha.an), restant inférieures au seuil de 5 t/(ha.an)[3]. Elles ont été particulièrement élevées en 2002 (4,3 t/(ha.an)), 2021 (4 t/(ha.an)) et 2024 (4,2 t/(ha.an)), années record en termes de précipitations q. Derrière la variabilité interannuelle liée aux aléas climatiques et aux changements d’occupation des sols se dégage une augmentation des pertes en sol entre 1971 et 2005, suivie d’une baisse apparente qui reste à confirmer à l'avenir[4].

Pertes estimées en sol par érosion hydrique diffuse en Wallonie* (1971 - 2025)

Pertes estimées en sol par érosion hydrique diffuse en Wallonie* (1971 - 2025)

Pertes estimées en sol par érosion hydrique diffuse en Wallonie* (1971 - 2025)

* Tous types de surfaces confondus (hors sols artificialisés).

** Seuil au-delà duquel le phénomène d'érosion est considéré comme non soutenable selon Panagos et al. (2015)(b), c'est-à-dire incompatible avec le maintien à long terme des fonctions que remplissent les sols.

*** Application de l’équation universelle de perte en sol (USLE) via le modèle EPICgrid(a).

* Tous types de surfaces confondus (hors sols artificialisés).

** Seuil au-delà duquel le phénomène d'érosion est considéré comme non soutenable selon Panagos et al. (2015)(b), c'est-à-dire incompatible avec le maintien à long terme des fonctions que remplissent les sols.

*** Application de l’équation universelle de perte en sol (USLE) via le modèle EPICgrid(a).


Plus forte érosion en régions de grandes cultures

La part du territoire wallon concernée par des pertes en sol supérieures au seuil de 5 t/(ha.an) atteignait 20,8 %[5] en moyenne sur la période 2021 - 2025. Les pertes plus élevées dans les régions de grandes cultures (Région limoneuse, Région sablo-limoneuse et Condroz q) s'expliquent par :

  • la présence accrue de cultures sarclées[6] (pomme de terre, betterave, maïs), peu couvrantes au printemps, saison où les pluies sont généralement plus érosives ;
  • la proportion plus élevée de sols limoneux, plus sensibles à l'érosion ;
  • une teneur en matière organique dans les sols agricoles généralement trop faible, ce qui les rend plus vulnérables q.

Les pertes en sol plus élevées dans la région de Bouillon d’une part et dans la région d’Attert et Arlon d’autre part sont liées à la présence de cultures sur sols en pente. Du point de vue des impacts sur les capacités de production végétale (volume de sol disponible à l’enracinement), les sols du Condroz sont davantage menacés en raison de leur plus faible profondeur et de leur charge caillouteuse plus élevée(c).

Pertes estimées en sol par érosion hydrique diffuse* (moyenne sur la période 2021 - 2025)**

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* Application de l'équation universelle de perte en sol (USLE) via le modèle EPICgrid(a) – Maille de 1 km2
** Tous types de surfaces confondus (hors sols artificialisés).


Érosion supérieure à 5 t/(ha.an) pour 73 % des sols sous cultures

Pour les sols sous cultures, plus sensibles à l’érosion que les sols sous couvert permanent, les pertes estimées en moyenne sur la période 2021 - 2025 étaient comprises entre 5 t/(ha.an) et 10 t/(ha.an) sur 33,8 % des superficies sous cultures (environ 136 800 ha, soit 8 %[7] de la Wallonie). Elles étaient supérieures au seuil de 10 t/(ha.an)[8] sur 39,4 % de celles-ci (environ 160 000 ha, soit 9 %[7] de la Wallonie). Globalement, les pertes en sol sous cultures atteignaient une moyenne de 10,9 t/(ha.an). C'est la plus élevée des 6 moyennes quinquennales observées entre 1996 et 2025 (la plus faible valant 7,7 t/(ha.an)), sans qu'aucune tendance ne puisse être dégagée. En 2021 et 2024, années exceptionnelles du point de vue des précipitations, les pertes estimées en sol sous cultures ont atteint 15 t/ha.

Pertes estimées en sol des sols sous cultures en Wallonie* (1996 - 2025)

Pertes estimées en sol des sols sous cultures en Wallonie* (1996 - 2025)

Pertes estimées en sol des sols sous cultures en Wallonie* (1996 - 2025)

* Application de l’équation universelle de perte en sol (USLE) via le modèle EPICgrid(a).

* Application de l’équation universelle de perte en sol (USLE) via le modèle EPICgrid(a).


Poursuivre la lutte contre l’érosion et ses conséquences

Lutter contre l'érosion passe (i) par la protection des sols contre l'impact des gouttes de pluie, (ii) par la réduction de la force érosive du ruissellement en augmentant l'infiltration (sols, revêtements perméables…) et en réduisant les volumes d'eaux de ruissellement et leur vitesse (stockage temporaire en amont, obstacles…) et (iii) par la conduite de ces eaux vers l'aval en minimisant le risque d'érosion.

Au niveau des sols agricoles, plusieurs mesures peuvent être prises :

  • protéger les sols par un couvert végétal le plus long et le plus diversifié possible (prairies, cultures permanentes, cultures intercalaires, cultures associées, résidus de culture...) ;
  • maintenir une bonne structure des sols, en particulier grâce à une teneur suffisante en matière organique q ;
  • adapter le travail du sol (labour, semis…) afin d'améliorer la résistance du sol à l'érosion et d'augmenter l'infiltration (bonne porosité en surface, sans croûte de battance, sans émiettement du sol) ;
  • réduire le risque de compaction, par une bonne organisation des travaux agricoles (réduction du nombre de passages ou "localisation du trafic", prise en compte des conditions météo) et par le choix de techniques adaptées aux conditions agro-pédologiques locales q ;
  • diversifier les assolements (alternance de cultures d'hiver, cultures de printemps, prairies…) sur un même versant et limiter les longueurs de pente sans variation du couvert ;
  • favoriser la présence d'éléments de protection contre le ruissellement (haies, bosquets ou bandes enherbées p. ex., perpendiculaires au sens de la pente, voire à mi-pente au sein de la parcelle) ;
  • recourir aux aménagements antiérosifs (talus, fossés, barrages filtrants de type fascines[9]…).

Les seules contraintes légales actuelles visant directement l'érosion sont celles prévues par la conditionnalité des aides agricoles via :

  • la BCAE[10] 5 "Gestion du travail du sol en vue de réduire le risque de dégradation et d'érosion des sols, en tenant compte de la déclivité", qui impose[11] des mesures correctrices en s'appuyant sur une cartographie de sensibilité à l'érosion diffuse sur sol nu, tenant compte de la déclivité et des longueurs des pentes, du type de sol et de l’intensité moyenne des pluies locales q ;
  • la BCAE 6 "Couverture des sols minimale en vue d'éviter les sols nus dans les périodes les plus sensibles", qui impose une couverture végétale du sol sur 80 % de la superficie totale de terres arables de l'exploitation du 15/09 au 15/11, et jusqu'au 31/12 pour les parcelles sensibles à l'érosion q ;
  • la BCAE 7 "Rotation et diversification des cultures sur les terres arables", qui impose des règles relatives à la rotation (succession des cultures d'une année à l'autre) et à la diversification (cultures implantées la même année) des cultures au sein de l'exploitation q.

Il faut toutefois noter que les parcelles en agriculture bio ou en conversion bio sont dispensées des BCAE 5, 6 et 7.

Parmi les mesures volontaires en cultures, certaines MAEC[12] contribuent à réduire les risques d'érosion : "Tournière enherbée", "Parcelle aménagée", "Céréales sur pied" et "Sol" q. Il s'y ajoute les éco-régimes "Couverture longue du sol", "Maillage" et "Cultures favorables à l’environnement" q.
 


[1] Phénomène d'érosion des sols par l'eau (précipitations, ruissellement) affectant l'ensemble de leur surface, sans entrainer la formation de ravines (érosion linéaire), ni de glissements de terrain ou de coulées boueuses (érosion en masse).

[2] Application de l’équation universelle de perte en sol (USLE) via le modèle EPICgrid(a). Les pertes en sol estimées par ce modèle ne comprennent pas les pertes liées aux phénomènes aigus d'érosion linéaire ou en masse, qui entrainent sur le terrain les dommages les plus visibles (ravines, glissements de terrains, coulées boueuses…). L'ampleur, la fréquence et la localisation de ces phénomènes aigus ne font pas l'objet d'un suivi statistique à l'heure actuelle en Wallonie.

[3] Seuil au-delà duquel le phénomène d’érosion est considéré comme non soutenable selon Panagos et al. (2015)(b), c’est-à-dire incompatible avec le maintien à long terme des fonctions que remplissent les sols. Ce seuil correspond à une perte théorique annuelle d'environ 0,4 mm d'épaisseur de sol.

[4] Tendance observable sur base d'une courbe de régression sujette à caution vu la forte variabilité annuelle.

[5] Proportion de mailles de 1 km2 au sein desquelles les pertes en sol sont, en moyenne pour l'ensemble des occupations de sol observées dans cette maille, supérieures au seuil de 5 t/(ha.an).

[6] Les cultures sarclées sont caractérisées par une période prolongée de faible couverture du sol après le semis, de larges interlignes sans végétation et un travail du sol répété, ce qui favorise l’érosion.

[7] Ce pourcentage ne peut pas être directement comparé aux chiffres obtenus selon l'approche par maille vue plus haut, une maille pouvant afficher des pertes en sols inférieures à 5 t/(ha.an) tout en contenant une certaine proportion de sols sous cultures affichant des pertes supérieures à ce seuil, ou inversement.

[8] Seuil d'érosion sévère(d). Ce seuil correspond à une perte théorique annuelle d'environ 0,8 mm d'épaisseur de sol.

[9] Structure composée de branchages enchevêtrés et assemblés de manière à former un barrage.

[10] "Bonnes conditions agricoles et environnementales". Les BCAE sont un ensemble de normes obligatoires que les agriculteurs doivent respecter pour recevoir les aides de la Politique agricole commune (PAC).

[11] Nouvelle version entrée en vigueur le 01/07/2026 avec phase transitoire, pour une application complète dès le 01/01/2027.

[12] "Méthodes agro-environnementales et climatiques". Les MAEC sont un ensemble de pratiques agricoles bénéfiques pour l’environnement et le climat que les agriculteurs s’engagent volontairement à adopter en échange de compensations financières q.

Évaluation

5adbb337-a074-4717-b10a-4c700a9bc472 Etat défavorable et évaluation de la tendance non réalisable

Défavorable
  • Référentiel : seuil d'érosion non soutenable fixé à 5 t/(ha.an)(b)
  • Sur la période 2021 - 2025, 34 % des superficies sous cultures étaient concernées par des pertes en sol comprises entre 5 et 10 t/(ha.an) et 39 % étaient concernées par des pertes supérieures à 10 t/(ha.an). Le seuil de 5 t/(ha.an) était donc dépassé pour 73 % des sols sous cultures. Cette estimation ne concerne pas les phénomènes aigus d'érosion linéaire ou en masse dont l'ampleur, la fréquence et la localisation ne font pas l'objet d'un suivi statistique à l'heure actuelle.
Évaluation non réalisable

La forte variabilité interannuelle ne permet pas de dégager une tendance pour l'érosion hydrique diffuse des sols sous cultures.